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Chapitre d'ouvrage

" Le corps grotesque dans Napoléon ou les cent-jours de Grabbe "

Résumé : Dans sa pièce, Napoléon ou les Cent-jours, publiée en 1831, Grabbe reprend une matière historique et la revisite à la lumière du grotesque qu'il cultive sous ses formes les plus variées. Il potentialise le caractère en lui même visuel du théâtre. En particulier il fait de l'évocation du corps un prétexte à facétie et à caricature. Il est fasciné par la laideur et la difformité des corps qu'il exagère et amplifie au moyen de divers procédés, au premier rang desquels arrivent les métaphores animales: Louis XVIII est comparé à un ornithorynque, et les Bourbons à des singes. Il campe un bestiaire humain, un monde fantastique, grotesque et grimaçant. Il ne montre pas seulement des corps déformés, mais aussi des corps déguisés. Le vêtement est synonyme de travestissement, et, à ce titre, participe à la comédie humaine. En insistant sur ce point, Grabbe crée un théâtre dans le théâtre, un univers de fantoches et de marionnettes. Le corps grotesque se présente enfin sous un troisième aspect dans la pièce, celui du corps mutilé et morcelé. Grabbe pratique là une autre forme de grotesque, un grotesque horrifiant qui cultive le mauvais goût, la provocation et la paillardise. Les corps des victimes de la violence révolutionnaire ou de la guerre sont dépeints estropiés, écartelés, réduits à l'une de leurs composantes: ossement, doigt, tête, pied... En exacerbant l'horreur, Grabbe atteint une dimension caricaturale et burlesque. Déformation, déguisement ou mutilation sont les trois angles adoptés par lui pour donner une représentation grotesque du corps. Il est fasciné par celui-ci, parce qu'il est obsédé par la pensée du caractère éphémère de la vie. C'est dans le corps que s'inscrit cette brièveté et cette fragilité. En même temps, le grotesque lui permet d'en faire matière à plaisanterie et par conséquent, d'évacuer sa peur. Il campe un théâtre de marionnettes, dans lequel chacun apparaît avec ses travers et ses ridicules, puis s'éclipse. Il est habité par une angoisse existentielle, qu'il combat grâce au rire, un rire le plus souvent grinçant et sarcastique. Ainsi il esquisse un univers parodique qui correspond à sa vision d'un theatrum mundi.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Liste complète des métadonnées

https://hal-unilim.archives-ouvertes.fr/hal-00759610
Contributeur : Aline Le Berre <>
Soumis le : samedi 1 décembre 2012 - 21:01:30
Dernière modification le : mercredi 28 février 2018 - 17:06:03

Identifiants

  • HAL Id : hal-00759610, version 1

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Citation

Aline Le Berre. " Le corps grotesque dans Napoléon ou les cent-jours de Grabbe ". Aline Le Berre; Florent Gabaude; Philippe Wellnitz. Grotesque et spatialité dans les arts du spectacle et de l'image en Europe (XVIe-XXIe siècles), Peter Lang, pp.133-148, 2012. ⟨hal-00759610⟩

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