Accéder directement au contenu Accéder directement à la navigation
Article dans une revue

" La folie du monde dans Napoléon ou les Cent-Jours de Grabbe "

Résumé : Christian Dietrich Grabbe, dramaturge allemand de la première moitié du XIXe siècle, a choisi une période particulièrement dense et mouvementée de l'histoire de France comme sujet de sa pièce Napoléon ou les Cents-Jours. Cela lui permet de s'interroger sur le sens de l'activité humaine. La folie du monde est effectivement le thème essentiel de ce drame. Grâce à l'emploi de procédés dramatiques novateurs en son temps, il campe un univers bigarré, kaléidoscopique dans lequel s'agitent une foule de personnages, poursuivant chacun ses petites occupations, ce qui génère une impression de chaos. Grabbe crée un univers farfelu et extravagant. Il montre que l'Histoire n'a pas de sens. Napoléon succède aux Bourbons, mais la politique n'en reste pas moins " la même bouillie servie dans de nouveaux plats ". Les constitutions se succèdent et se ressemblent. " Il en va des gouvernants comme des fleurs, chaque année, il y en a de nouveaux. " " Tout est comédie ". Et les guerres qui ravagent les pays ressemblent à des jeux de massacre. On y passe brutalement, et sans transition, de vie à trépas. Certains meurent, d'autres survivent, tout cela dans le plus complet arbitraire. A l'échelon individuel règne la même folie. Grabbe éprouve une prédilection pour les personnages hors norme, qu'il présente sous des dehors tantôt cocasses, tantôt inquiétants. Il établit un parallélisme désinvolte et comique entre les Bourbons et des animaux de ménageries. Il les présente comme les derniers représentants d'une espèce en voie de disparition et insiste sur leurs ridicules, leur déphasage par rapport à la réalité, leur orgueil déplacé, leur goinfrerie et surtout leur aveuglement. Mais leur adversaire n'est pas vraiment mieux traité. Grabbe met l'accent sur l'égocentrisme et la mégalomanie de Napoléon, et même le personnage, dont on a dit qu'il était son porte-parole, Jouve, est dépeint comme un psychopathe, un révolutionnaire ivre de sang. Grabbe, obsédé par le sentiment du néant, a tendance à réduire ses personnages au rang de marionnettes dont il dénonce l'activité stérile. En utilisant différentes techniques comme l'animalisation, l'amplification, le grotesque, l'exagération, il crée un effet de distanciation, il empêche son public de s'identifier aux personnages, et l'amène à prendre conscience de la folie du monde. Il préfigure en ce sens le théâtre contemporain de l'absurde.
Type de document :
Article dans une revue
Liste complète des métadonnées

https://hal-unilim.archives-ouvertes.fr/hal-00760390
Contributeur : Aline Le Berre <>
Soumis le : lundi 3 décembre 2012 - 18:50:18
Dernière modification le : vendredi 4 octobre 2019 - 17:46:04

Identifiants

  • HAL Id : hal-00760390, version 1

Collections

Citation

Aline Le Berre. " La folie du monde dans Napoléon ou les Cent-Jours de Grabbe ". Théâtres du Monde, Association de Recherche Internationales sur les Arts du Spectacle, 2007, pp.65-80. ⟨hal-00760390⟩

Partager

Métriques

Consultations de la notice

254