Figures et contre-figures de l'idéal rhétorique dans l'Horribilicribrifax d'Andreas Gryphius

Résumé : L'idéal d'honnêteté que prônent les livres de civilité de la première modernité traduit une volonté de l'absolutisme naissant de discipliner et de territorialiser les mœurs et les discours. Cet idéal, la comédie baroque allemande le met en scène et en figure : figures et contre-figures incarnées autant que rhétoriques. L'idéal de l'honnête homme ajoute aux faveurs de la naissance celles du corps et de l'esprit. Les personnages exemplaires illustrent tant par leur belle apparence que par leur verbe policé et leur comportement vertueux l'idéal de mondanité et le modèle de la conversation curiale. Mais c'est avant tout par le contre-exemple que la comédie didactique œuvre à l'éducation humaniste des élites. Les grotesques, dont la comédie latine fournit les prototypes, incarnent les travers physiognomoniques comme les déviances du langage et de l'actio. Contrairement à ce que postuleront les esthétiques classique et romantique, la laideur ne réside pas dans la singularité concrète : aux antipodes du réalisme, la première modernité pose ce que l'on pourrait appeler un " laid idéal " face au paradigme de la beauté comme étant les deux pôles de l'idea de l'artiste. La typification de la figure, positive ou négative, de l'orateur s'étend aux figures oratoires. Ce sont aussi des figures et des contre-figures esthétiques qui fixent en creux et en saillies les modèles de la rhétorique des manières, notamment le stylus concisus de l'éloquence attique : le silence et l'evidentia ou encore l'épitrope et l'ironie renvoient à l'idéal que ces figures expriment par antiphrase. Les comédies facétieuses Herr Peter Squentz et Horribilicribrifax recourent paradoxalement au style grotesque qui exhibe scéniquement l'envers de l'idéal et relève de la tératologie avec ses figures du trop (l'asianisme), du trop peu (la réduction caricaturale) et de l'hybridation. La comédie " idéalisatrice " de Gryphius est pour une large part fondée sur une axiologie à l'envers où tout se mesure à l'aune de l'idéal de cour. Par la confrontation des nouveaux courtisans aux vieux héros romanesques et grandiloquents, elle vise à asseoir le triomphe du pragmatisme de l'urbanitas sur un idéalisme chevaleresque chimérique et suranné.
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Contributeur : Florent Gabaude <>
Soumis le : lundi 3 juin 2013 - 18:28:36
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Florent Gabaude. Figures et contre-figures de l'idéal rhétorique dans l'Horribilicribrifax d'Andreas Gryphius. Jacqueline Bel, Alain Leduc, Joelle Stoupy. L'idéal : Figures et fonctions. Actes du 39e congrès de l'Association des Germanistes de l'Enseignement Supérieur à l'Université du Littoral Côte d'Opale, Shaker Verlag, pp.107-122, 2011, Les Cahiers du Littoral, 978-3-8322-9719-0. ⟨hal-00829803⟩

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