Von Nietzsches blei­chem Verbrecher und dem gro­ßen Knall. Versuche, im Wahnsinn den Wahnsinn zu den­ken

Résumé : Dans sa parabole du " blême criminel " (Ainsi parlait Zarathoustra), Nietzsche a démontré les apories de la folie en tant qu'explication " rationaliste " d'un acte criminel et stratégie de dissimulation. Il y a opposé l'idée d'une autre folie émanant de la " grande santé ", de la véritable position anthropologique qui est celle du surhomme. Mais le surhomme n'est pas à confondre avec une catégorie anthropologique qui désigne l'essence même de l'être humain. Par contre, il fait partie d'une topique générée par le topos du " dépassement (de l'homme) ". Bref : tout discours nietzschéen sur le surhomme n'est qu'une stratégie rhétorique constituant un instrument de polémique pour démasquer " l'humain trop humain ". Quand on parle de " folie ", généralement, on présuppose l'existence de deux mondes séparés : celui du fou enfermé dans sa folie et celui des gens " normaux ". Mais il y a toujours une coexistence de ces deux modes d'être entre lesquels aucun échange, aucune communication, ne paraît possible. Pour Hegel, la " normalité " est constituée par le processus dialectique de la Bildung : en agissant, l'individu s'aliène au général pour être " formé " à son tour par celui-ci. Si l'individu pose ses idées comme absolues (" la poésie du cœur "), il court-circuite ce processus dialectique et s'enferme dans son monde à lui, il est aliéné (dans les deux sens du terme). Dans l'histoire des idées depuis l'antiquité, il n'existe pas moins le concept du fou voyant qui communique avec un autre monde, avec une divinité. C'est-à-dire, le fou (l'aliéné) n'est pas seulement considéré comme un individu exclu de la communication, mais il peut aussi être celui qui communique des vérités supérieures, qui instaure un nouveau mode de communication, une nouvelle tradition. Dans une conception encore classique et idéaliste de l'art, la folie - autant que l'abject et le dégoûtant - était exclue de la représentation dans les arts. Seulement une folie " supérieure ", shakespearienne ou (quasi-) religieuse y a pu faire son entrée. Nonobstant, même une esthétique avant-gardiste redevenue rhétorique ne saurait intégrer complètement les visions des aliénés enfermés dans leurs mondes respectifs, car le fondement de tout art est communication, voire communion. Maints philosophes et écrivains ont établi une analogie entre le génie et le fou voyant, sans pourtant résoudre le problème théorique posé par la dialectique hégélienne : son interdépendance (dialectique) avec la société. Parmi d'autres penseurs, Freud et Weber ont souligné ce paradoxe. Ce dernier voit dans le charisme le principe même du processus historique. Ainsi, il s'inscrit dans une tendance de l'idéologie bourgeoise qui récuse l'idée d'un acheminement de l'humanité vers la perfectibilité et, par conséquent, toute philosophie de l'histoire eschatologique (à citer comme exemple le marxisme). Cela va de pair avec ce mélange de fascination et de répulsion que le bourgeois éprouve devant l'intrusion de l'irrationnel dans son quotidien. Enfermé dans son univers clos, le fou lui paraît l'individu par excellence (Canetti). Aussi longtemps que les fondements de la société risquent d'être ébranlés, le bourgeois persécute le génie. Par contre, si l'action de celui-ci est couronnée de succès, elle fera partie intégrante de l'évolution de la société, de son Histoire. Il s'ensuit que le personnage charismatique (et le génie), traité de fou avant d'avoir su s'imposer, est considéré maintenant sous la perspective de l'instauration d'un ordre : dorénavant, il se porte garant de son fonctionnement. C'est le côté rationnel du personnage charismatique (et du génie). Néanmoins, les fondements de cet ordre assuré par lui restent purement irrationnels. En d'autres termes : la distinction entre " normalité " et " folie " est soumise à une relativité historique et par là à l'idéologie. Dans sa lucidité, Nietzsche s'est aperçu de ce paradoxe auquel il oppose son topos du surhomme. Néanmoins, ce topos - purement rhétorique - a été confondu avec une catégorie anthropologique (A. Gehlen), notamment par une philosophie sillonnant le nazisme avec son culte raciste du maître (" Herrenmensch "). Vers la fin du xixe siècle, Max Nordau a traité l'art de son époque comme " dégénéré " - une épithète avec laquelle le nazisme comme la critique de l'art conservatrice allaient dénoncer, au nom d'un ordre établi, les avant-gardes. Mais une telle approche idéologique est réfutée par l'art lui-même, tant qu'il sait s'imposer comme art. Cela n'exclut pas moins que l'artiste réinterprète la tradition esthétique depuis l'avènement des avant-gardes ainsi que la philosophie de Nietzsche pour les transformer en idéologie personnelle. Ainsi enfermé dans son monde, l'artiste devient le fou prônant l'attentat du 11 septembre comme la " plus grande œuvre d'art que l'humanité ait jamais vue " (Stockhausen). Texte en ligne: http://germanica.revues.org/1845
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Contributeur : Till Kuhnle <>
Soumis le : vendredi 27 décembre 2013 - 15:48:00
Dernière modification le : mardi 4 décembre 2018 - 14:58:02

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Citation

Till Kuhnle. Von Nietzsches blei­chem Verbrecher und dem gro­ßen Knall. Versuche, im Wahnsinn den Wahnsinn zu den­ken. Germanica, Université de Lille, 2003, 32, pp.31-59. ⟨hal-00922532⟩

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