Médias et scandale sanitaire : immédiateté illusoire et hypermédiation de la transparence

Résumé : Entre transparence et opacité, la remédiation, telle que l’ont étudiée Bolter et Grusin, incarne une tension entre immédiateté et hypermédiation. Inscrite dans une visée réaliste qui se manifeste au niveau de la représentation, autrement dit au sein de l’énoncé lui-même, l’immédiateté vise la transparence grâce à laquelle le médium lui-même s’efface au profit de la chose représentée. Le spectateur de l’image n’a alors plus l’impression d’être confronté à un médium mais se trouve immédiatement en relation avec ses contenus. Quant à l’hypermédiation, elle multiplie les actes de représentation qu’elle rend alors visible et invite le spectateur à prendre conscience du processus de médiation, du médium et du produit créé. Or, il semblerait que cette tension propre à la remédiation soit plus complexe qu’elle ne le semble. Transparence et opacité ne seraient plus spécifiquement les corollaires de l’immédiateté et de l’hypermédiation car, lorsque les potentiels d’un médium sont poussés à leur maximum, il se crée des simulacres de communication immédiate visant à immerger le destinataire dans le contenu qu’il cherche à véhiculer. Cela est plus particulièrement éloquent pour les médias audiovisuels dont les dispositifs énonciatifs se trouvent modulés et réorganisés sous les effets des médias numériques. C’est précisément dans ce contexte de démédiation et de remédiation que nous proposons d’étudier des documentaires d’investigations télévisuels sur l’usage des pesticides. En 2006, l’association Allassac ONGF, constituée de riverains inquiets de voir les vergers se rapprocher de plus en plus de leurs lieux de vie, dénonçait l’usage intensif de pesticides dans la culture des pommes du Limousin. Efficaces et très organisés, ces opposants aux pesticides utilisent les médias « de masse » qui impactent le grand public de manière importante alors que les producteurs sont plus favorables à une communication locale. Partant de déséquilibre entre stratégies communicationnelles, nous montrerons que la surmédiatisation de l’utilisation des pesticides dans la culture de la pomme donne lieu à une transformation de la perception des consommateurs par excès de réalisation des capacités médiatiques. Effectivement, cette campagne de diabolisation de la consommation de la pomme, relayée par ce médium audiovisuel grand public, fait l’objet d’une surenchère fonctionnelle en comparaison des moyens communicationnels employés par les pomiculteurs. Loin d’assumer un rôle didactique, ce champ médiatique dominant engage immédiatement le téléspectateur dans le point de vue du présentateur de l’émission, selon un parcours interprétatif orienté qui le prive ainsi de son libre-arbitre. Nous montrerons alors que si les dispositifs énonciatifs mis en place relèvent bien d’un processus d’immédiation, ils n’offrent au téléspectateur qu’un simulacre de transparence, lui donnant une impression fallacieuse d’accès direct au « vrai » de l’information. Car au-delà de cette apparente évidence se jouent des principes d’hypermédiation plus subtils, fondés sur des principes d’acculturation médiatique où se mêlent différentes formes médiales.
Type de document :
Communication dans un congrès
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https://hal-unilim.archives-ouvertes.fr/hal-01756611
Contributeur : Audrey Moutat <>
Soumis le : lundi 2 avril 2018 - 18:22:56
Dernière modification le : mardi 3 avril 2018 - 01:14:58

Identifiants

  • HAL Id : hal-01756611, version 1

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Citation

Audrey Moutat, Christelle de Oliveira-Verger. Médias et scandale sanitaire : immédiateté illusoire et hypermédiation de la transparence. Colloque Cémés Démédiation, immédiation, remédiation. Les modes de transformation des médias, Driss Ablali, Oct 2017, Metz, France. ⟨hal-01756611⟩

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