Portraits de créatifs sur les sites d’agence, entre identité individuelle et identité collective

Résumé : Cette communication vise à interroger la manière dont le portrait photographique construit non pas une identité individuelle mais une identité collective, celle d’une entité à laquelle appartiennent les différents sujets portraiturés. À partir d’un corpus de portraits de créatifs publiés sur leur site d’agence, il s’agira de vérifier comment les publics peuvent percevoir une identité professionnelle singulière au-delà de l’appartenance à une philosophie d’entreprise et à une identité collective. Deux axes de recherche seront ainsi privilégiés : (i) l’énonciation photographique : le sujet portraituré intègre une mise en scène spécifique liée à une énonciation collective qui tend à effacer l’individu au profit de l’entité qu’il représente. Le portrait de collaborateur dote ainsi le sujet d’un rôle d’acteur en lui conférant une épaisseur sémantique. (ii) la textualité de la photographie dont les dispositifs sémantiques et syntaxiques orientent les parcours interprétatifs des lecteurs de l’image. Par ailleurs, la particularité de ce type de portrait, c’est qu’il ne parle pratiquement jamais en « je », ni en « il » mais en « nous ». Chaque portrait est saisi dans un rapport métonymique individu/entité où chaque individualité correspond à une spécificité, une compétence particulière de la personnalité d’entreprise. De plus, seul le savoir-faire (spécificités d’un individu dans sa sphère professionnelle) prime et tend alors à effacer le savoir-être des individus au profit de celui de l’entité qu’ils intègrent. C’est ainsi que se manifeste une tension entre idem et ipse : le portait engage la construction d’un jeu identitaire complexe où l’identité individuelle se fond dans l’identité collective. Plusieurs questions émergent alors : que reste-t-il de cette identité individuelle? Comment manifeste-t-elle une résurgence en dépit de l’isotopie collective ? D’autre part, ce sont les principes définitoires du portrait eux-mêmes qui se trouvent reproblématisés : le « ça a été » Barthésien n’a plus aucune pertinence dans la sémiotisation de ce type de portrait. La question de la bonne distance se trouve également réévaluée car les différentes valeurs adoptées remettent parfois en question le jeu fond/figure en intégrant de nouveaux éléments dans le cadre. Ces éléments actualisent des fonctions complémentaires à celles qu’impliquent les trois instances du portrait (visage, tête, regard) et produisent de nouveaux investissements sémantiques. Enfin, l’étude de ces portraits photographiques devra intégrer le contexte médiatique de leur diffusion (le site web de l’agence) et les pratiques sous-jacentes. En convoquant la sémantique interprétative de François Rastier et les principes de la schématisation de l’expérience sensible, nous tâcherons ainsi de vérifier comment se configure, et s’interprète dans la textualité du portrait, ce jeu identitaire où s’articulent des sèmes/schèmes d’individuation d’une part et des déterminations thématiques d’autre part.
Type de document :
Communication dans un congrès
Liste complète des métadonnées

https://hal-unilim.archives-ouvertes.fr/hal-01756657
Contributeur : Audrey Moutat <>
Soumis le : lundi 2 avril 2018 - 19:36:47
Dernière modification le : mardi 3 avril 2018 - 01:14:58

Identifiants

  • HAL Id : hal-01756657, version 1

Collections

Citation

Audrey Moutat. Portraits de créatifs sur les sites d’agence, entre identité individuelle et identité collective. Journée d’étude Le portrait photographique et la « boîte noire » de la présence. Approches sémiotiques, Anne Beyaert-Geslin, Oct 2015, Bordeaux, France. ⟨hal-01756657⟩

Partager

Métriques

Consultations de la notice

30