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"Diderot et le langage des femmes"

Résumé : Les femmes et la philosophie des Lumières : modes et formes de collaboration et de participation, Université de Paris-Ouest-Nanterre, 15-16 mars 2017. Odile Richard-Pauchet (Université de Limoges) « Diderot et le langage des femmes : un paradigme utopique » On pourrait ouvrir cette étude par une citation du philosophe Diderot, extraite d'un texte écrit à l'occasion du compte rendu d'un ouvrage d'Antoine-Léonard Thomas, Essai sur le caractère, les moeurs et l'esprit des femmes daté de 1772 : L'âme des femmes n'étant pas plus honnête que la nôtre, mais la décence ne leur permettant pas de s'expliquer avec notre franchise, elles se sont fait un ramage délicat, à l'aide duquel on dit honnêtement tout ce qu'on veut quand on a été sifflé dans leur volière. Ou les femmes se taisent, ou souvent elles ont l'air de n'oser dire ce qu'elles disent. On s'aperçoit aisément que Jean-Jacques a perdu bien des moments aux genoux des femmes […] 1. Ce propos de Diderot, à la fois ironique et affectueux à l'égard de Rousseau, pourrait fort bien s'appliquer à l'encyclopédiste lui-même. Celui-ci en effet n'a jamais caché son goût pour les femmes, et plus encore son goût de l'échange et de la dispute avec elles. Il s'en explique, et tente même de théoriser le principe de la conversation ou du dialogue philosophique homme/femme dans ce texte qui est une réponse, insérée dans la Correspondance littéraire, à l'ouvrage de Thomas. Le plaisir de l'échange verbal entre les hommes et les femmes, croit Diderot, repose sur la différence et la complémentarité des langages utilisés par l'un et l'autre sexe : jargon « hérissé et scolastique » chez l'un, « ramage délicat » chez l'autre. Cette différence serait apte à féconder les propos, à enrichir les débats des uns et des autres par le biais des vertus sémantiques et lexicologiques de ce dialogue 2. On recherchera l'application de cette théorie dans quelques échanges épistolaires relevés entre Diderot et ses amies féminines, en observant leurs différents succès-heureux et malheureux-et en soulignant la part omniprésente de la séduction ou de la fascination dans la qualité de ces propos, autant dire la part de l'utopie qui sous-tend l'astucieuse théorie. Parmi les interlocutrices ou destinataires remarquables du philosophe, sa fille, Angélique, mais aussi, ses amies, Mme d'Épinay, Mme Necker, la princesse Daschkoff, et bien sûr, 1 Denis Diderot, Sur les femmes (1772), dans OEuvres, éd. André Billy, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1951, p. 958. 2 Voir par exemple, Odile Richard-Pauchet, Diderot dans les Lettres à Sophie Volland-Une Esthétique épistolaire, Paris, Champion, 2007, p. 98-108 : chap. « Le langage des femmes, un paradigme audacieux », dont nous utilisons ici quelques extraits.
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Contributeur : Odile Richard-Pauchet <>
Soumis le : mardi 25 février 2020 - 18:51:43
Dernière modification le : jeudi 27 février 2020 - 01:56:08

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Odile Richard-Pauchet. "Diderot et le langage des femmes". Laurence Vanoflen (dir.) Les Femmes et la philosophie des Lumières : modes et formes de collaboration et de participation., A paraître. ⟨hal-02491153⟩

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