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Coronavirus : "On parle plutôt d'un virus modéré"

Résumé : Sur le coronavirus, un chercheur de Limoges l'assure : « On parle plutôt d’un virus modéré » Depuis 2012, Pierre-Marie Preux dirige, à Limoges, l’unité Inserm de neuro-épidémiologie tropicale. Et en tant qu’épidémiologiste, il « s’intéresse forcément de près » à l’actuelle épidémie de coronavirus. « Mais il ne faut pas dramatiser », assure-t-il. Comment classez-vous ce virus, sa dangerosité, sa contagiosité ? On peut dire que c’est un virus moyennement contagieux. La contagiosité se mesure par le nombre de personnes que peut infecter une personne infectée. Là, on est entre 1,5 et 3,5 personnes alors que la variole est à 8,5 et la rougeole à 9. La grippe saisonnière, elle, est à 1,3. La létalité, elle, se mesure par le nombre de morts, divisés par le nombre de cas. On est entre 1 et 2 %. C’est une moyenne, il y a des pays où c’est zéro, comme en Allemagne. Nous, on est à 1,6 %. La grippe saisonnière est entre 0,5 et 1 %. C’est donc un peu plus létal que la grippe. Ce qu’on ne sait pas, c'est le nombre de cas asymptomatiques. En Chine, on estime que 5 cas sur 10 ne sont pas détectés. Ce n’est pas un virus qui correspond à des épidémies très graves comme la peste noire ou la grippe espagnole. On parle plutôt d’un virus modéré. Y a-t-il beaucoup de cas graves ? On a actuellement 80 % de cas bénins, 15 % de crises respiratoires et 5 % seulement qui oblige à aller à la réanimation. Pour rappel, la grippe, c’est 8.000 décès en France. On en est à trois [quatre au dernier bilan, ce mardi, N.D.L.R]. Il ne faut pas paniquer. La phase 3 est conçue pour limiter la charge sur le système sanitaire. Les citoyens ont parfois du mal à comprendre les mesures de prévention. Qu’en pensez-vous ? On est au stade 2 et on va sûrement passer au stade 3. Le virus va circuler dans la population. Les mesures prises au stade 2 sont raisonnables. Il faut bien expliquer aux gens. Le stade 1, c’était pour empêcher que le virus ne rentre dans le pays. Le stade 2, c’est l’endiguement : on lève des digues pour gagner du temps, afin, notamment, que le système sanitaire puisse être renforcé, fournir des masques aux soignants par exemple. La phase 3 est conçue por limiter la charge sur le système sanitaire. Actuellement, tous les cas sont suivis à l’hôpital, sauf à Paris où l’APHP n’a plus assez de place. Dans le stade 3, sauf cas grave, les personnes seront dirigées vers la médecine de ville. Pourquoi un seuil de 5.000 personnes ? C’est le seuil de déclaration des manifestations en préfecture. Entre maintenir la vie économique, la vie active et endiguer le virus, c’est un choix forcément politique. Il y a quand même 191 cas ce mardi matin, trois gros clusters. Le nombre de cas va encore monter. Jusqu’à ce mardi matin, le gouvernement parle de stade pré-épidémique. C’est quoi la différence avec l’épidémie ? Disons que c’est surtout politique car on va avoir une épidémie. Mais la différence entre les deux, c’est que le stade pré-épidémique correspond à un stade où on peut encore tracer la chaîne de contamination. L’épidémie, c’est quand on ne peut plus le faire. Aujourd’hui, il y a quand même 191 cas [204 au dernier bilan, N.D.L.R] ce mardi matin, trois gros clusters. Le nombre de cas va encore monter. Jusqu’où ? Jusqu’à quand ? On ne sait pas et c’est difficile à dire. En Chine, le virus est arrivé en novembre et le nombre de cas a commencé à décroître. Certes, ils ont pris des mesures drastiques, mais on peut penser qu’on sera sur le même schéma. À quelles mesures faut-il s’attendre ? Est-il utile d’annuler les élections ? On va réduire les transports en commun, probablement, et demander aux gens de privilégier les transports individuels. Ce qui va changer surtout, c’est l’accès à l’hôpital qui va être limité et le transférer en libéral. Il y aura des mesures de protection envers les plus fragiles, des limitations des visites en maison de retraite. Encore une fois, on va vers une épidémie classique : le coronavirus va circuler et quand on aura un rhume, on ne saura pas si c’est la grippe classique ou le coronavirus « Il n’y a pas de saisonnalité » Certains ont guéri du virus. Comment le soigner ? Peut-il revenir ? Il n’y a pas de traitement spécifique, à part le traitement symptomatique pour la fièvre, le nez qui coule. Des chercheurs viennent d’annoncer l’arrivée du vaccin pour l’automne. En ce qui concerne un retour, a priori, non, on ne peut pas le rattraper… S’il ne mute pas. On sait que ce sont des virus qui mutent fréquemment. Il y a déjà eu d’autres coronavirus, le SRAS, le MERS, qui sont plus dangereux. Beaucoup de bruits circulent sur ce virus. Est-il soumis à une saisonnalité ? Non, c’est la différence avec la grippe : il n’y a pas de saisonnalité, il ne faut pas s’attendre à le voir disparaître avec l’été. L’autre différence, c’est que les enfants sont peu touchés. Le virus peut-il survivre sur une simple surface ? Il peut rester entre 3 et 4 heures. C’est pour ça que c’est assez contagieux. En Chine, ça diminue, on commence à alléger les quarantaines, la vie active reprend. Et sur des produits qui viennent de Chine ? Non, non. Si je parle de trois-quatre heures, ça ne correspond pas à un voyage depuis la Chine. Il faut combattre cette idée-là. J’ai entendu qu’on stigmatise beaucoup là-dessus. Mais en Chine, ça diminue, on commence à alléger les quarantaines, la vie active reprend. Connaît-on l’origine de ce virus ? Aujourd’hui, on n’en sait rien. On a parlé du marché de Wuhan où on vend des tonnes d’animaux sauvages bizarres, mais les premiers patients infectés ne l’ont pas fréquenté. Le pangolin et la chauve-souris, a priori, ce n’est pas ça non plus. On sait, en revanche, que le virus est passé de l’animal à l’homme, mais on ne sait pas lequel. C’est également le cas des virus les plus dangereux comme Ebola, qui sont passés de l’animal à l’homme, mais là, je le répète, on n’est pas sur un virus extrêmement dangereux.
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Contributeur : Elisabeth Grelier <>
Soumis le : mercredi 4 mars 2020 - 14:16:17
Dernière modification le : jeudi 5 mars 2020 - 08:07:35

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Pierre-Marie Preux. Coronavirus : "On parle plutôt d'un virus modéré". 2020. ⟨hal-02498400⟩

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